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Exposition photographique : « Charles Camberoque. La bataille mise en scène »

Par Mariette,
Médiatrice culturelle/Guide-conférencière ...

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Patrimoine (naturel et culturel)

 

 

Le musée des beaux-arts de Carcassonne propose pour son exposition temporaire hivernale de découvrir non pas des tableaux mais les photographies contemporaines d’un artiste natif de la ville : Charles Camberoque (fils du peintre Jean Camberoque, l’auteur de l'immense tableau accroché dans le hall de la gare de Carcassonne).

L’artiste, qui a exposé dans de nombreuses galeries, telles le Château d'eau de Toulouse, les Rencontres d'Arles, le Centre Pompidou à Paris ou encore la Fondation Miró à Barcelone, nous invite avec cette exposition carcassonnaise à la mise en scène d’une bataille bien particulière.

 

 

Les œuvres exposées peuvent en effet paraître de prime abord bien déroutantes au visiteur : ces photographies, de facture moderne, représentent cependant des scènes de guerre de la Guerre Civile Espagnole, comme le suggèrent les uniformes des belligérants.

De bien curieux belligérants…que l’on retrouve au détour d’une photo trinquer ensemble tout sourire une bière à la main, en train de téléphoner avec un smartphone, ou discuter avec des civils vêtus à la mode des années 2010 !

 

 

Le manque de cartels explicatifs (seule une cimaise détaille le parcours de l’artiste), pourrait laisser perplexe le visiteur si un texte de Claude Marti, célèbre figure de l’Occitanie, ne venait fort à propos éclairer, au fond de la première salle, grâce à un souvenir d’enfance qu’il y évoque, la teneur de l’exposition.

Il s’agit en fait d’un photo-reportage ici, Charles Camberoque ayant immortalisé en 2012 à Fayón en Aragon les reconstitutions de la Bataille de l’Ebre, organisées chaque année le dernier week-end de juillet depuis 2008, afin de commémorer un épisode de cette bataille (juillet-novembre 1938).

 

La Bataille de l’Ebre fut la plus acharnée et meurtrière de la Guerre Civile Espagnole, la dernière grande bataille avant que la Catalogne ne soit envahie et occupée par l’armée franquiste : un corps d’armée républicain avait alors résisté avec acharnement afin d’essayer, en vain, d’empêcher le franchissement du fleuve par les franquistes et protéger le repli des leurs. En 115 jours, 40000 hommes furent blessés ou y trouvèrent la mort, victimes de la mitraille au sol et des bombardements aériens.

Si les livres d’histoire n’omettent pas cet épisode meurtrier, rien n’indiquait jusqu’à récemment le lieu de la bataille et le souvenir de ces républicains.

Mais depuis les années 2000, de nombreuses associations, collectifs et institutions se sont souciés de maintenir le souvenir de cet événement et de garder vivante la mémoire de ces combattants, à la fois héros et victimes.

 

 

Leurs membres reconstituent le déploiement de force des deux camps avec des mouvements guerriers tels que des assauts, attaques de cavalerie, canonnades ou encore raids aériens, entre autres, qui clôturent de manière spectaculaire cette journée de commémoration, où l’on pique-nique entre amis à côté de stands proposant à la vente ou à l’échange des objets de cette période pour les collectionneurs. Tels les marchands du temple, les grenades et obus d’un étal peuvent ainsi côtoyer une paella partagée entre des ennemis qui ne le sont plus désormais…

 

 

Car c’est ce qui frappe dans ces photos, cette ambiance détendue, bonne enfant et festive, où les «bons et les méchants» ne semblent plus compter puisqu’on porte indifféremment les couleurs des deux camps tout en festoyant ensemble : au final, seules importent la réussite de cette commémoration et la mission de maintenir et transmettre aux générations futures cette célébration de la mémoire de ces combattants, républicains et franquistes.

 

 

L’artiste restitue admirablement cet esprit, avec les portraits de ces hommes joviaux ou concentrés, tous entiers consacrés à faire perdurer ce souvenir durant un moment éphémère où l’on fait plus que « jouer à la guerre » mais où en donnant un peu de sa personne, « en mouillant la chemise », l’on souhaite glorifier la patrie et ses ancêtres dans un jeu de rôle/ devoir de mémoire que l’on incarne grandeur nature.

 

 

Camberoque renoue par sa mise en scène de la bataille avec la grande tradition des peintres de batailles (certaines photographies sont d’ailleurs exposées dans d’anciens cadres dorés du musée, rappelant ces tableaux), mais plutôt que de glorifier la guerre par de monumentales compositions patriotiques, il l’humanise par la représentation de cette camaraderie commémorative, avec ses cadrages intimistes et anecdotiques, mêlant autrefois et aujourd’hui.

 

 

On se perd dans ce livre d’histoire se rejouant sous nos yeux, en traquant les détails anachroniques qui illustrent l’ancienne et la nouvelle histoire de cet épisode tragique, vécu jadis et revécu maintenant par quatre générations communiant dans un même élan de mémoire.

 

 

Exposition gratuite, du 30 octobre 2015 au 24 janvier 2016

Musée des beaux-arts de Carcassonne

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